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Par le refus constant de mintégrer dans des systèmes, dans des structures existantes, dans des ensembles de valeurs préétablies, quils soient dordre social, idéologique, philosophique, religieux ou artistique, jai préservé deux pôles extrêmes qui, je le suppose, coexistent dans chaque individu le désir de la création et de la découverte, cest-à-dire dun côté un formidable besoin prospectif, et de lautre, cette partie archaïque, a-culturelle, pulsionnelle qui, par oscillations constantes englobe pêle-mêle la mémoire génétique et collective, les dynamismes psycho-physiologiques, les cultures, les informations, les expériences, le savoir, le vécu personnel, la vision, la perception, lintuition, la déduction, mais surtout la VISION, la Vision-rêve, la Vision-désir, la Vision-action. Je pense en effet que le "peintre" est visionnaire, non pas visionnaire-devin, mais visionnaire dans le sens de VOIR. Voir les tenants et les aboutissants de tout ce qui nous entoure, du monde tel quil est, des dynamismes tels quils sont. Nous savons toutes les erreurs et les horreurs que les hommes font et ont faites, toutes les croyances dont ils se nourrissent et le peintre doit agir à travers et au sein de cette conscience, de cette vision. Il est vrai que si la peinture ne consistait quà reproduire ou à copier tout serait simple. Je me sers de la peinture pour explorer quelque chose dextraordinaire, pour explorer une dimension qui est en nous tous. Je ne propose rien. Je pense que certains peintres rêvent à être peintres, et moi je suis un "peintre" qui rêve à être homme. Il ma fallu des années pour opérer cette jonction procédant dune nécessité détablir une symbiose entre lespace réel et des dimensions traduites plastiquement en atelier. Cette longue maturation était dûe au fait que je voulais introduire, et cétait là la difficulté, une recherche despaces poétiques, despaces de rêve, de lutte constante pour la liberté, dans une démarche picturale.
Dans le désert, jai très vite compris, et cest en fait ce que je cherchais il faut mettre les compteurs à zéro. Il faut abandonner tous ses bagages. On ne peut y être que pour lexceptionnel! Etre dans le désert, cest être à lorigine, cest être dans le substrat même de la vie. Lon est renvoyé brutalement à soi-même, mais à un soi-même débarrassé de toutes ses certitudes, de ses conforts intellectuels, de ses clichés mentaux. Là, je ne suis plus du tout le peintre privilégié dans sa tour d ivoire, dans son atelier, avec lespace vierge quest une toile, qui ne demande quà recevoir le travail, qui a été tissée, fabriquée et tendue pour cela. Je suis dans un contexte qui est lhostilité par excellence. Et je me mets dans cette situation, nu, dépouillé, pour orchestrer une formidable partition dont je dois faire naître chaque élément. Jen suis même dabord à marquer le territoire, comme un animal, en pissant de la couleur, en pissant du bleu. Cest cela la partie archaïque dont je parlais! Mais déjà en pissant du bleu je donne un sens sans référence à des pierres apparemment au comble de linertie, de lindifférence et de lhostilité, et ensuite, ensuite seulement, quand jai commencé à faire vibrer tout un site, tout un lieu, tout un espace, sans quil ne soit toujours possible de "culturiser" ou de référencier quoi que ce soit dans cette fantasmagorie, une fois ces bornes bleues, violettes rouges ou noires surgies, jentre dans la véritable dimension créatrice. Jorchestre la démonstration plastique de la liberté la plus folle et la plus saisissante qui soit. Ce sont de formidables noces avec la nature, et avec le monde. Cest une création indescriptible, non "disible" puisquelle nappartient à rien dautre quau merveilleux. Ce nest pas moi entant que personne qui parle ainsi mais moi en tant quindividu, et la différence est de taille, puisque dans ces travaux je suis bien au-delà de lanecdote, de la narration ou de lobsession platement biographique. Tout y est dépassé, excédé, cest lhomme premier, lhomme originel, Adam qui, libéré, dialoguerait avec Dieu et lui indiquerait comment lui, Adam aurait pu envisager les choses sil en avait eu la maîtrise! Mais pour revenir à un point plus concret, il me faut faire allusion à la souffrance quimplique un tel travail dans le désert. Il ne sagit pas seulement des tourments inhérents à toute forme de création, au fait de souffrir pour sa passion, pour sa nécessité dexpression, mais de la souffrance physique et psychologique qui résulte dune telle mise en situation. Et ce nest que dans et à travers cette souffrance que lon peut découvrir que dans le désert, cest lidée, cest lidée de lidée, que lidée non seulement y est possible, mais que laction de lidée y est possible, et quà partir du moment où on est venu dans le désert pour sexprimer, cest lépreuve la plus colossale quun homme puisse simposer. De plus comme jy ai déjà fait allusion, lon doit comprimer tous ses acquis, les isotoper au point quils cessent de fonctionner, pour que ce soit autre chose qui surgisse, pour que tout se charge de sens, dun sens qui nappartiendra ou ne sera perçu que par celui ou celle qui le découvrira. Donc souffrir pour sa nécessité dexpérimentation, nest pas une vue de lesprit, cest une façon de faire en sorte que les notions dart et de liberté ne sont plus de simples notions de complaisance."
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